Dominic Lamblin, l’homme qui a nourri les Rolling Stones pendant 40 ans

Qui est Dominic Lamblin ?

Dominic Lamblin fait partie de ces figures que l’histoire du rock retient rarement, alors qu’elles ont tout changé de l’intérieur. Pendant quarante ans, il a suivi les Rolling Stones, d’une maison de disques à l’autre, toujours présent, jamais en couverture. Comme Vito Luprano, l’homme qui a construit dans l’ombre la carrière de Céline Dion, Dominic Lamblin appartient à cette catégorie de conteurs que le grand public ne connaît pas.

Une anecdote, tirée de son livre Satisfaction, comment j’ai survécu à 40 années avec les Rolling Stones (éditions Larousse), résume bien le personnage, et l’un des membres du groupe le plus discret qui soit sur ses habitudes du quotidien : Mick Jagger.

Un coup de fil, et Dominic Lamblin part en quête d’un studio

« Dominic, do you want to have lunch today? Let’s go spend some plastic money! »

En 1980, c’est par cette phrase que le manager des Stones le contacte. Le groupe prépare l’enregistrement de son prochain album, Tattoo You, et souhaite le faire en France — mais pas question d’utiliser les studios Pathé Marconi, à Boulogne-Billancourt. Dominic Lamblin raconte :

« Mick voudrait utiliser le studio mobile et trouver un local dans un coin tranquille à Paris ou dans une campagne environnante. Nous voilà donc partis tous les trois en quête de quiétude. Nous nous sommes rendus dans le Val d’Oise quand la faim commence à nous tarauder. Au vu de l’heure et du lieu, il ne faut pas avoir des exigences démesurées. Tout ce que je parviens à dénicher, c’est un Courtepaille d’autoroute à Survilliers. Ce n’est pas exactement l’ordinaire de Mick, ni le mien non plus du reste, mais il s’en fout. Ça fait partie de ses aspects remarquables. Il a beau être la rock star numéro 1 au monde, il ne tient pas à être traité comme telle en permanence. Manger un steak-frites au milieu des routiers, ça lui va très bien. Il vit la chose avec tant de naturel que sa présence passe d’ailleurs inaperçue. »

Un Courtepaille d’autoroute, et de très bons emplacements

Cette anecdote rappelle une chose simple : Courtepaille a toujours su choisir ses emplacements. Une évidence qui n’a rien perdu de son actualité, les bons emplacements valent de l’or, comme l’a montré plus récemment la bataille autour de la reprise de Bio C’Bon, ou celle de Courtepaille elle-même, disputée fin 2020 entre Buffalo Grill et le groupe Bertrand, avant d’être finalement confiée à Buffalo Grill par le tribunal de commerce d’Évry.

À l’époque du déjeuner de Mick Jagger, les clients n’avaient ni la possibilité ni l’habitude de laisser un avis en ligne sur la qualité des frites ou la propreté des toilettes. Il existait parfois, en revanche, des livres d’or dans ces établissements, ou des photos prises sur le vif que le patron encadrait, avant de tapisser les murs de son restaurant. Il suffit de pousser la porte de Katz’s Deli, à New York, rendu célèbre par une scène de Quand Harry rencontre Sally, pour voir combien de clichés ornent encore les murs, dont ceux de la bande à Scorsese.

Dommage, en un sens, qu’il n’existe pas d’avis de Mick Jagger sur Google Business ou les Pages Jaunes associé à la fiche du restaurant.

Le studio finira ailleurs

Pour la petite histoire, cette quête d’un studio en banlieue n’aboutira pas, malgré une visite au Château d’Hérouville. Le studio mobile sera finalement garé près du studio HIS, à Bercy, un studio de répétition peu onéreux à louer, sans voisinage à ménager. Start Me Up y sera enregistré.

Un dernier détail, pour la route : à New York, les emplacements dans les parcs municipaux sont mis aux enchères tous les cinq ans. Le plus cher d’entre eux, comme on peut le lire ici, est un stand de hot-dogs près de Central Park, loué 289 500 dollars par an.

Dominic Lamblin nous a quittés en 2020.

Satisfaction, comment j’ai survécu à 40 années avec les Rolling Stones, de Dominic Lamblin, éditions Larousse.